Depuis 2019 au CIRBEEF, les veaux issus du cheptel laitier sont reçus à 2 à 3 semaines et sont sevrés et démarrés avec un plan d’alimentation lactée simplifié et constant pour un engraissement jusqu’à 18 mois sur l’exploitation. Cet essai visait a tester un autre plan de démarrage basé sur un plan lacté et une gestion de l’alimentation solide différents pratiqué chez des sevreurs spécialisés.
L’essai comparait donc 2 conduites alimentaires jusqu’à la fin de la 14ème semaine de présence c’est à dire 3 semaines après le transfert théorique chez l’engraisseur spécialisé de la conduite expérimentale, c’est-à-dire à 120 jours d’âge pour les veaux.
Finalement, aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les deux plans de démarrage. Les deux lots pesaient le même poids à chaque âge étudié et ont consommé des quantités de matière sèche identiques.
Avril 2023 et 2024, 2*48 veaux mâles Holstein ont été acheté. La première bande d’avril 2023, est arrivée sur plusieurs semaines et n’a donc pas bénéficié d’une mise en lot en bonne et due forme. En 2023, Les veaux attribués au plan complexe pesaient en moyenne 5,8 kg de plus que les veaux attribués au plan simple (49,3 kg vs 43,5 kg). En revanche en 2024, une mise en lot a pu être réalisée. Au total, 87 animaux ont été retenus pour l’essai (43 témoins, 44 expé).
La durée de comparaison des conduites est de 14 semaines. La conduite témoin suit un plan d’alimentation lactée simplifié pour un sevrage à 8 semaines avec une complémentation en blé et tourteau de colza et introduction d’ensilage de maïs dès la 7ème semaine. La conduite expérimentale, suit un plan d’alimentation lactée non constant pour un sevrage à 6 semaines avec une complémentation en aliment de démarrage du commerce. A partir de la 11ème semaine, la ration évolue avec l’introduction d’ensilage de maïs complémenté par un aliment d’engraissement du commerce.
L’objectif était d’évaluer l’effet seul de la transition alimentaire entre le démarrage et le régime d’engraissement sans les autres stress liés aux conduites.



Un approvisionnement de 2024 sans accroc
Pour la bande d’avril 2024, les veaux ayant reçu le plan complexe pèsent 1 kg de plus à 28 jours et 6 kg de plus en fin d’essai 98 jours après leur arrivée. Néanmoins, aucun de ces écarts n’est statistiquement significatif.
Même sans analyses statistiques,les résultats de la bande d’avril 2023 vont dans le même sens que ceux d’avril2024. En effet, l’écart de poids constaté entre les deux plans reste stable tout au long de l’essai. Les deux plans d’alimentation semblent donc permettre des performances de croissance équivalentes.

Des performances qui se ressemblent
Une différence de poids existe entre le lot témoin et le lot expé. (45,0 kg vs 48,6 kg) les poids à 98 jours sont respectivement de 123,6 kg pour le lot témoin et 130,0 kg pour le lot expé. À 180 jours les poids sont de 200,1 kg contre 208,2 kg la différence persiste.
Les croissances sont de 802contre 830 g/j entre 0-98 j respectivement pour le lot témoin et expé. puis 1251g/j contre 1293 g/j de 98j de présence à 6 mois d’âge. Les performances sont identiques malgré les changements de régimes alimentaires.
Des différences de consommation entre les 2 plans
Les veaux du lot expé. ont été sevrés plus tôt que ceux du lot témoin, ce qui a entrainé une différence de 11 kg de poudre de lait distribuée entre les deux plans. Les veaux sevrés ont donc reçu uniquement des concentrés entre le sevrage et le 77ème jour (S11), contrairement au lot témoin qui a reçu de l’ensilage de maïs dès le 49ème jour (S7). Le lot expé. a consommé 35 kg de concentrés en plus et 11 kg de maïs ensilage de moins que ceux du lot témoin.
Au global le lot expé. a ingéré 9,5 % de MS de plus que le lot témoin. Cela lui a probablement permis de compenser l’écart de distribution de poudre de lait.
La conduite expérimentale en 11 semaines, permet d’avoir les mêmes performances que ceux du lot témoin à 98 et180 jours. Ainsi, cette conduite pourrait être réalisée pour démarrer des veaux de 2 à 3 semaines chez des sevreurs spécialisés avant de les replacer chez des engraisseurs spécialisés.
L’essai montre également que, s’il existe une baisse des performances des veaux après transfert du sevreur à l’engraisseur, l’effet changement de régime n’est pas le seul responsable. Il pourrait être intéressant de travailler sur :
La simplification de la phase de démarrage peut permettre de dégager du temps pour mieux observer ses animaux. Prendre un temps d’observation c’est augmenter ses chances de détecter des problèmes sanitaires dès les premiers symptômes.
Un plan lacté constant est également plus simple à suivre en cas d’arrivées décalées des veaux en nurserie ou en cas de périodes de naissances étalées pour un éleveur laitier qui souhaite engraisser ses veaux.
La phase de transition alimentaire entre le régime de démarrage et le régime d’engraissement n’est pas un problème lorsque les veaux ont réussi leur démarrage.
« Le démarrage du veau est l’étape clé pour la réussite de l’engraissement »

Frédéric GUY - Responsable de la ferme expérimentale du CIRBEEF
Baptiste Berthelot - Chargé d’études CIRBEEF – IDELE
