Une partie des éleveurs laitiers n’engraissent pas leurs vaches de réformes, par manque de place, de fourrages disponibles ou de perception de l’intérêt économique. Ainsi, près d’un tiers des vaches de réforme laitières sont abattues maigres. Cependant, l’engraissement des vaches de réformes laitières peut présenter un intérêt pour l’éleveur.
L’objectif de cette étude est de mesurer la possibilité de remise en état de vaches maigres afin d’acquérir des références techniques sur la finition. Dans la continuité des essais menés sur vaches Montbéliardes et Holstein, cet essai porte sur des vaches Normandes conduits sur deux rations de finition à l’auge : une à base de maïs ensilé rationné et la seconde à base d’un mélange d’enrubannage d’herbe et d’ensilage de maïs.
Au final les carcasses produites sont comparables entre les 2 lots.
Sur 2 années, en 2021 et 2022, 52 vaches Normandes sont achetées. Elles sont âgées en moyenne de 5,5 ans, pèsent 615 kg pour une note d’état corporel de 1,9. Après une phase de tarissement et de transition alimentaire de 34 jours en moyenne, les vaches sont réparties en 2 lots de 15 animaux en 2021 et 11 animaux en 2022.
La phase expérimentale en engraissement dure 76 jours en moyenne. La ration témoin est constituée d’ensilage de maïs rationnée et de 3 kg de tourteau de colza. La ration expérimentale est composée à 33% de maïs ensilage et 66% d’enrubannage d’herbe distribuée à volonté et complémentée par 2,5 kg de blé.
L’objectif est d’abattre les vaches a un état d’engraissement de 3.

Des consommations plus élevées pour le lot herbe/maïs
Sur l’ensemble de la période expérimentale, les animaux du lot témoin ont des consommations conformes au plan de rationnement soit, 13,8 kg MS/jour, dont 3,0 kg brut de tourteau de colza. Les consommations du lot expérimental herbe/maïs à volonté sont plus élevées à 16,9 kg MS/jour dont 2,5 kg brut de céréales.
L’introduction d’herbe dans la ration permet de supprimer le tourteau de colza soit 223 kg brut par animal et de le remplacer par 193 kg de blé rapport à la ration témoin. Au total, le lot témoin consomme 1 029 kg MS contre 1 271 kg MS pour le lot herbe/maïs.
Des carcasses et des qualités de viande comparables entre les lots.

Les animaux du lot maïs rationné ont des croissances significativement meilleures de 250 g/jour que le lot herbe/maïs (respectivement 1 485 g/j et 1 235 g/j).
L’indice de consommation est très largement en faveur du lot maïs rationné 9,3 kg MS/kg gain de poids vif contre 12,8 pour le lot Herbe/maïs.
Pour autant les qualités de carcasse et de viande sont comparables entre les 2 lots.Les rendements moyens sont de 48,1% pour les lots auge pour un même état d’engraissement 2,9 et une même conformation O=. Les poids de carcasses diffèrent légèrement mais ne sont pas significativement différents.
L’utilisation de deux régimes alimentaires contrastés en termes de fourrages, l’un à base d’ensilage de maïs rationné, un autre en mélange à 66% d’herbe conservée et 33% d’ensilage de maïs, ont permis d’obtenir des qualités de carcasses comparables.
Les carcasses sont conformes aux attentes de la filière pour les deux lots, entre 372 et 382 kg carc. et une conformation moyenne O= pour un rendement compris entre 48,1 et 49,0 % et un état d’engraissement moyen de 2,9.
L’introduction d’herbe conservée a permis de substituer le tourteau de colza par du blé par rapport au lot témoin maïs ensilage rationné et atteindre ainsi une autonomie protéique de 100% contre 43% pour le lot ensilage maïs rationné.
L’engraissement de vaches de réforme laitière avec des finitions 100% autonomes en protéines sont possibles,si les performances animales sont un peu en dessous, les qualités de carcasses sont très proches de celles du lot ensilage de maïs et tourteau de colza.
L’utilisation d’herbe dans la ration d’engraissement s’avère être un levier réaliste pour augmenter l’autonomie protéique et ainsi limiter les importations de protéines.
Plusieurs éléments sont à étudier avant la mise à l’engrais pour garder un équilibre économique satisfaisant, entre le stock fourrager, le prix de parité du correcteur azoté et la place en bâtiment.
« L’engraissement de vaches de réforme laitière avec des finitions 100% autonomes en protéines est possible »

Frédéric GUY - Responsable de la ferme expérimentale du CIRBEEF
Baptiste Berthelot - Chargé d’études CIRBEEF – IDELE
