Faire pâturer ses prairies en hiver : une opportunité face au changement climatique 2022-2023
notre étude

Faire pâturer ses prairies en hiver : une opportunité face au changement climatique 2022-2023

Après deux ans très contrastés, pas d’effets négatifs mesurés
Modifié le :
3
March
2026
  • Caractériser l’herbe d’hiver
  • Evaluer l’impact du pâturage hivernal sur les prairies (pousse, composition, dégradation éventuelle, piétinement)

Ce qu'il faut retenir

L’herbe d’hiver est de qualité Le pâturage hivernal ne dégrade ni le rendement, ni l’équilibre graminées / légumineuses ; Une légère dégradation de la prairie pendant l’hiver n’a pas d’effet sur son rendement ou sa composition au printemps
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Chiffres clés

  • 20 à 22% de  MAT
  • dans l’herbe d’hiver
  • 0 impact du pâturage hivernal
  • sur le rendement annuel
  • 2 semaines de retard
  • sur la sortie au pâturage au printemps

Résumé

Avec le changement climatique, la pousse de l’herbe sera de plus en plus importante en automne en Bretagne. Le pâturage hivernal pourrait être une technique intéressante pour la valoriser et ainsi éviter la présence d’une biomasse trop abondante en début de printemps.

L’impact sur la prairie de la pratique du pâturage hivernal en continu par des génisses gestantes ou pendant 3h/ jour par des vaches laitières est présenté ici. Les résultats sur les performances animales font l'objet de fiches distinctes.

Méthodologie

Deux séries d’essais :

Les essais présentés ont duré environ 12 semaines, de début novembre à début février.

Pâturage hivernal des génisses laitières conventionnelles :
Pendant 3 hivers, de 2021 à 2024, des lots de 6 génisses Holstein gestantes âgées de 19 mois en moyenne ont pâturé entre 9 et 12 paddocks de raygrass anglais-trèfle blanc (RGA-TB), de 1,3 ha en moyenne, avec un temps de séjour moyen de 9 jours dans chaque paddock. Les hauteurs entrées (HE) étaient comprises entre 8 et 9 cm, les hauteurs à la sortie (HS) des génisses entre 4,6 et 5,4 cm.

Pâturage hivernal des vaches laitières bio :
Pendant 3 hivers, de 2022 à 2025, 25 vaches laitières croisées ont pâturé pendant 3h par jour 11 ha de prairie de RGA – TB ou fétuque élevée – TB – trèfle violet divisées en 20 à 22 paddocks de 0,5 ha (chargement moyen de 2,4 UGB/ha). Le pâturage a été conduit en 2 tours, le 1er avec 2 jours par paddock au fil avant (HE = 7,1 cm, HS = 5,4 cm) , le 2nd avec 1 jour par paddock (HE = 5,6cm, HS = 4,7cm). Le temps de retour moyen a été de 45 jours sur l’hiver.

Mesures sur la prairie :
La croissance de l’herbe a été mesurée tous les 15 jours grâce à un herbomètre manuel (Jenquip). Les valeurs alimentaires de l’herbe ont été mesurées (par analyse chimique puis estimées selon la méthode INRA 2018) à chaque entrée des animaux dans un paddock. La composition floristique (évaluation visuelle) et les densités (par prélèvement et séchage) ont été mesurées régulièrement au cours de l’essai.
Chaque année, 5 zones témoins sans pâturage ont été délimitées et comparées aux zones pâturées. De plus, différentes méthodes d’estimation ou de prédiction du piétinement ont également été testées.

Résultat

Valorisation d’une herbe de qualité sans effet délétère sur la prairie

  • L’herbe d’hiver est dense, la pousse d’hiver est faible mais non négligeable.
  • La densité médiane de l’herbe est de 245 kg MS/ha/cm sur les 2 parcellaires bio et conventionnel (129 valeurs).
  • La pousse moyenne est de 4kg MS/ha/j, soit 360 kg MS/ha accumulés sur 3 mois (mi-novembre à mi-mars).

L’herbe d’hiver est riche

Tableau 2 : Valeurs alimentaires de l’herbe d’hiver, (moyennes et écart-types)

L’hiver, l’herbe est composée à plus de 80% de graminées au stade feuillu, ce qui explique les bonnes valeurs alimentaires (voir tableau 2). Ces dernières sont également stables d’un hiver à l’autre.
La différence de valeur énergétique entre les 2 parcellaires pourrait être due à une bilan azoté plus déficitaire pour le parcellaire bio (moins de fertilisation et plus de fauches).

Pâturer en hiver ne modifie pas l’équilibre graminées-légumineuses des prairies

Durant les 3 hivers étudiés, le pâturage n’a pas modifié les équilibres graminées / légumineuses / autres des prairies au printemps (figure 3). Cela se vérifie parcelle par parcelle, et pour des parcelles ayant été pâturées pendant 3 ans consécutifs, les zones témoins étant identiques.

Pour Ludovic, l’introduction de pâturage hivernal dans la ration d’un troupeau en lactation ou pour la croissance des génisses est un levier face au changement climatique. 
L’herbe peut se pâturer par opportunité, en hiver même en condition très pluvieuse, à condition d’avoir de bonne qualité de chemins et d’adapter les temps de séjour.


 « Le pâturage hivernal est possible même en condition peu portant, en zone humide, comme à Trévarez. Avec un temps de séjour court comme cet hiver, des animaux croisés plus légers, les parcelles n’ont pas été abimées et la reprise de la végétation a été favorable au printemps » 
« Le trèfle était même plus présent en début de printemps sur les parcelles pâturées et piétinés pendant l’hiver, les légumineuses ayant eu un meilleur accès à la lumière. »
Cette technique est à évaluer sur plusieurs hivers et avec des animaux de différentes catégories d’âge, mais c’est un vrai levier pour maintenir le pâturage à toute saison, et pour s’adapter à son milieu. 

Télécharger l'étude au format PDF

« Le pâturage hivernal, un levier face au changement climatique »

Ludovic Lagadec

Ludovic Lagadec

Technicien d'expérimentation

Contact techniques

POUR EN SAVOIR PLUS

Benoît Possémé - Chambre d'agriculture de Bretagne

benoit.posseme@bretagne.chambagri.fr

Claire Caraes - Chambres d'agriculture de Bretagne

claire.caraes@bretagne.chambagri.fr

Valérie Brocard - Institut de l'Elevage

valerie.brocard@idele.fr

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