Avec le changement climatique, la pousse de l’herbe sera de plus en plus importante en automne en Bretagne. Le pâturage hivernal pourrait être une technique intéressante pour la valoriser et ainsi éviter la présence d’une biomasse trop abondante en début de printemps.
L’impact sur la prairie de la pratique du pâturage hivernal en continu par des génisses gestantes ou pendant 3h/ jour par des vaches laitières est présenté ici. Les résultats sur les performances animales font l'objet de fiches distinctes.
Les essais présentés ont duré environ 12 semaines, de début novembre à début février.
Pâturage hivernal des génisses laitières conventionnelles :

Pendant 3 hivers, de 2021 à 2024, des lots de 6 génisses Holstein gestantes âgées de 19 mois en moyenne ont pâturé entre 9 et 12 paddocks de raygrass anglais-trèfle blanc (RGA-TB), de 1,3 ha en moyenne, avec un temps de séjour moyen de 9 jours dans chaque paddock. Les hauteurs entrées (HE) étaient comprises entre 8 et 9 cm, les hauteurs à la sortie (HS) des génisses entre 4,6 et 5,4 cm.
Pâturage hivernal des vaches laitières bio :
Pendant 3 hivers, de 2022 à 2025, 25 vaches laitières croisées ont pâturé pendant 3h par jour 11 ha de prairie de RGA – TB ou fétuque élevée – TB – trèfle violet divisées en 20 à 22 paddocks de 0,5 ha (chargement moyen de 2,4 UGB/ha). Le pâturage a été conduit en 2 tours, le 1er avec 2 jours par paddock au fil avant (HE = 7,1 cm, HS = 5,4 cm) , le 2nd avec 1 jour par paddock (HE = 5,6cm, HS = 4,7cm). Le temps de retour moyen a été de 45 jours sur l’hiver.
Mesures sur la prairie :
La croissance de l’herbe a été mesurée tous les 15 jours grâce à un herbomètre manuel (Jenquip). Les valeurs alimentaires de l’herbe ont été mesurées (par analyse chimique puis estimées selon la méthode INRA 2018) à chaque entrée des animaux dans un paddock. La composition floristique (évaluation visuelle) et les densités (par prélèvement et séchage) ont été mesurées régulièrement au cours de l’essai.
Chaque année, 5 zones témoins sans pâturage ont été délimitées et comparées aux zones pâturées. De plus, différentes méthodes d’estimation ou de prédiction du piétinement ont également été testées.
L’herbe d’hiver est dense, la pousse d’hiver est faible mais non négligeable
La densité médiane de l’herbe est de 245 kg MS/ha/cm sur les 2 parcellaires bio et conventionnel (129 valeurs).
La pousse moyenne est de 4kg MS/ha/j, soit 360 kg MS/ha accumulés sur 3 mois (mi-novembre à mi-mars).

L’herbe d’hiver est riche
L’hiver, l’herbe est composée à plus de 80% de graminées au stade feuillu, ce qui explique les bonnes valeurs alimentaires (voir tableau 2). Ces dernières sont également stables d’un hiver à l’autre.
La différence de valeur énergétique entre les 2 parcellaires pourrait être due à une bilan azoté plus déficitaire pour le parcellaire bio (moins de fertilisation et plus de fauches).
Pâturer en hiver ne modifie pas l’équilibre graminées-légumineuses des prairies
Durant les 3 hivers étudiés, le pâturage n’a pas modifié les équilibres graminées / légumineuses / autres des prairies au printemps (figure 3). Cela se vérifie parcelle par parcelle, et pour des parcelles ayant été pâturées pendant 3 ans consécutifs, les zones témoins étant identiques.

Le pâturage hivernal ne pénalise par le rendement mais retarde le redémarrage en végétation de la prairie
Pour connaître les effets de la pratique sur la prairie, les zones témoins ont été comparées aux zones pâturées au printemps (parcelles bio uniquement).
Avant le déprimage des parcelles, mi-mars, la biomasse était inférieure dans les zones pâturées de 280 kg MS/ha par rapport aux zones témoins. Cela équivaut à l’ingestion des vaches durant l’hiver, estimée à 310 kg MS/ha (2,6kg MS/VL/j selon la méthode Herb’Valo). Cette tendance fut identique pendant les 3 années d’essai (figure 1).

L’herbe présente en hiver peut donc être soit valorisée par du pâturage hivernal, soit par un 1er cycle de pâturage au printemps, sans impact sur le rendement. Le pâturage hivernal a causé un retard de pousse de 2 semaines au printemps à cause d’une hauteur d’herbe plus faible (figure 2). Il a donc retardé la sortie au pâturage d’autant de temps. Cependant, une fois les zones pâturées et témoins déprimées au printemps, la pousse est identique entre les 2 zones. Le pâturage hivernal ne pénalise donc pas la pousse de la prairie sur l’année. La pratique n’a pas non plus modifié la pousse de printemps des parcelles suivies pendant 3 années consécutives.

➧ POUR EN SAVOIR PLUS
Fermadapt.fr
FarmXp.fr fiches « Pâturage hivernal ou enrubanné en bâtiment pour des génisses gestantes (3 ans d'essai 2021-2023) » et « Pâturage hivernal de vaches laitières en agrobiologie »
Pour le volet piétinement : Benoit D., Brocard V. (2025). Pâturage hivernal, résultats d’essai à la station expérimentale de Trévarez. Indicateurs de dégradation de prairies,
➧ CONTACTS TECHNIQUES
Dimitri BENOIT : dimitri.benoit@bretagne.chambagri.fr
Chambre d’agriculture de Bretagne
Soline SCHETELAT : soline.schetelat@idele.fr



