Ensilage d'herbe precoce moins de rendement mais plus de qualité, une solution pour améliorer l’autonomie protéique
notre étude

Ensilage d'herbe precoce moins de rendement mais plus de qualité, une solution pour améliorer l’autonomie protéique

Une solution pour améliorer l’autonomie protéique
Modifié le :
6
June
2022

Objectifs de l'essai

  • Mesurer l’impact sur le bilan fourrager de l’exploitation de la récolte d’un ensilage d’herbe précoce
  • Mesurer l’impact sur les valeurs UFL et PDI d’un ensilage d'herbe récolté plus précocement
  • Mesurer l’impact sur le temps de travail et le coût de production de l’ensilage d’herbe précoce

Ce qu'il faut retenir

Avec de la fauche précoce, c’est moins de rendement mais plus d’UFL et de PDI : les moins bonnes coupes précoces sont équivalentes aux meilleures coupes classiques.
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Chiffres clés

  • - 13 %
  • de rendement MS/ha
  • + 0,6 tonnes
  • de MAT/ha
  • + 1369
  • UFL/ha
  • + 2h30
  • de travail/ha/an
  • + 20 €/TMS
  • de coût de production

Les enjeux

Pour améliorer l’autonomie protéique des exploitations de l’Ouest de la France, un essai portant sur l’utilisation d’un ensilage d’herbe précoce a été mené à la station de Trévarez (29) sur le système en production conventionnelle (4 ans) et sur le système biologique (2 ans). La production d’un ensilage d’herbe (EH) à base de Ray Grass Hybride (RGH)et Trèfle Violet (TV), plus riche en protéines, récolté à un stade plus précoce que la conduite classique en élevage est réalisée grâce à la réduction des intervalles entre les coupes (fauches toutes les 4 à 5 semaines contre 6 à 7 semaines). Le rendement annuel des prairies a été pénalisé de 13% dans la modalité de fauche précoce par rapport à la modalité de fauche classique. Par contre, les valeurs nutritives sont améliorées lors de fauches  précoces : + 1369 UFL/ha et + 595 kg de MAT/ha par rapport à des fauches classiques.

Méthodologie

Une analyse à chaque coupe

Dans le système conventionnel, durant quatre années, des parcelles de RGH-TV ont été coupées en 2 modalités (Précoce et Classique). La modalité «Précoce » était récoltée une première fois au stade début montaison du RGH, puis toutes les 4 à 5 semaines. Pour la modalité «Classique », la première fauche avait lieu au stade «début épiaison » du RGH, puis toutes les 6 à 7 semaines. Pour chaque modalité, les coupes étaient stockées «en sandwich » les unes sur les autres, dans un silo couloir dédié. A chaque récolte, ont été mesurés : le rendement et la teneur en matière sèche de chaque espèce, le taux de trèfle et les valeurs nutritionnelles. Pour chaque mode de récolte, des enregistrements de temps de travail ont été réalisés, et le coût de production de chaque coupe d’ensilage d’herbe a été calculé. Dans le système biologique, la même méthodologie a été suivie mais sans allottement initial des parcelles (effets sur les rendements non pris en compte ici).

Résultat

Ensilage d’herbe précoce, de la qualité  plutôt que du volume

Chaque année, 5 coupes ont été réalisées pour la fauche «Précoce » et 3 pour la fauche «Classique ». En prenant en compte l’ensemble des coupes, le rendement en fauche « Précoce » a été pénalisé en moyenne de 1,5 tonne de MS/ha par rapport à la fauche « Classique », soit une baisse de rendement de 13%. En fauche "Classique" la première coupe représente 50% du rendement total annuel alors qu’en fauche "Précoce", les deux premières coupes représentent la moitié du volume récolté.

Les valeurs nutritives de l’ensilage "Précoce" sont apparues toujours plus élevées en MAT et en UFL par rapport à l’ensilage d’herbe "Classique". Par exemple, pour les deux premières coupes "Précoces",  les valeurs nutritives moyennes sont de 0,96 UFL et 15,2 % MAT contre  0,88 UFL et 9,8 % MAT pour la première coupe "Classique" (Cf.  Graphique 1). Sur les quatre années d’essai, les valeurs nutritives des  moins bonnes coupes « Précoces » étaient équivalentes aux meilleures  coupes "Classiques" (Cf. graphique 2).

Graphique 1: Evolution des valeurs nutritives de chaque coupe selon la modalité de récolte (en conventionnel)
Graphique 2: Valeurs nutritives de l’ensemble des coupes réalisées en conventionnel et en bio

Le temps de travail a été augmenté de 2h30 à l’année et par hectare avec la fauche "Précoce" par rapport à la fauche "Classique". Cette charge de travail supplémentaire a été prise en compte dans le calcul du coût de production des fourrages.

Le coût moyen d’une tonne de MS récoltée a été augmenté de 20€ pour l’ensilage d’herbe "Précoce" : par exemple, le coût des deux premières coupes "Précoces" a atteint 51 €/T de MS contre 37€/T de MS pour la première coupe "Classique".

Conclusion

Ensilage d’herbe précoce: Amélioration de l'autonomie en protéique mais attention aux stocks fourragers

Produire un ensilage d’herbe précoce permet d’améliorer l’autonomie protéique et énergétique des exploitations laitières de respectivement +32% MAT/ha et +18% d’UFL/ha. Toutefois, le coût plus élevé de ces coupes précoces (surtout après la 3ème) doit être mis en regard des performances zootechniques des animaux qui vont les consommer.

Un système de récolte précoce conduit à un rendement légèrement réduit à l’hectare (-13%) et à une augmentation de l’ingestion du  troupeau (voir "Ensilage d’herbe précoce toujours gagnant au niveau des performances laitières et de l'économie") :  toutes les exploitations ne peuvent pas se permettre de telles conséquences en termes de stocks fourragers. Pour limiter les coûts, il peut être conseillé de récolter de manière précoce jusqu’en juin, et  de conserver desintervalles plus longs lorsque la croissancede l’herbe ralentit.

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En pratique

"Pour réaliser un bon ensilage d’herbe précoce, il faut se tenir prêt à faucher dès début avril à Trévarez en surveillant la montée de l’épi dans la gaine". Comme les rendements sont plus modérés que lors d’un ensilage d’herbe classique, la fenêtre météo n’a pas besoin d’être aussi importante. Ainsi 1 à 2 jours de beau temps suffisent pour atteindre les taux de MS optimum du fourrage. Durant cet essai, on n’a pas hésité à faner pour améliorer le séchage si besoin, précise Pascal. Par contre, il ne faut pas négliger le temps de travail en plus, car il y a plus de chantiers de récolte et plus de temps à passer au niveau du silo, entre les débâchages et les  re-bâchages.

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"Ne pas hésiter à faucher même avec une fenêtre météo assez courte"

Pascal Le Moal

Pascal Le Moal

Technicien d'expérimentation